Actu Nationale

Le manque de visibilité décourage le partenariat

C’est un tournant majeur dans le secteur de l’automobile neuve en Algérie. En effet, nous venons d’apprendre que deux concessionnaires ont reçu des mises en demeure de la part des maisons mères avec lesquelles ils ont souscrit des contrats et passé commande de plusieurs lots de véhicules.
Selon les informations que nous avons, c’est sur un ton strict, direct que les constructeurs étrangers ont notifié à deux opérateurs algériens que la situation n’est plus acceptable et que des sanctions vont être prises à leur encontre.
Selon ces informations, deux maisons-mères ont explicitement informé les opérateurs algériens que des sanctions vont être prises à leur encontre si aucune lettre de crédit n’est ouverte dans les jours qui viennent. Les courriers adressés aux deux opérateurs algériens en question précisent aussi que la situation qui prévaut en Algérie est inacceptable et que les contrats vont être rompus.

Nous avons également appris qu’un nombre important de véhicules sont prêts pour l’exportation et bloqués dans
les zones portuaires européennes ainsi que dans des zones de stockage. L’un des constructeurs a précisé dans son courrier électronique que les frais d’entreposage s’élevant à 12 euros par jour et par véhicule seront à la charge de l’opérateur algérien si les lettres de crédit ne sont pas ouvertes dans les 8 jours qui suivent. En somme, une véritable catastrophe pour l’opérateur algérien qui devra débourser une somme importante et qu’il n’a pas à cause des agréments qui tardent à être délivrés.
Durant la journée du dimanche 12 septembre, nous avons contacté Hafid Tahar, président du comité interministériel en charge du traitement des dossiers des 58 opérateurs en lice pour l’obtention du fameux sésame. Après une conversation très courte, qui n’a duré que quelques secondes, et après avoir décliné notre identité et notre fonction, le président dudit comité a tout simplement raccroché et éteint son téléphone.
Dossier trop fâcheux, ou silence délibéré ? Nous ne connaîtrons jamais sa version des faits. Alors que nous cherchions une explication officielle de la part d’un membre bien placé, nous avons obtenu, via un concessionnaire automobile, une lettre que le groupement des concessionnaires a envoyée au ministre de l’Industrie. Après avoir adressé une lettre explicative au président de la République Abdelmadjid Tebboune, expliquant les tenants et les aboutissants de la situation qui prévaut en Algérie depuis 2017, c’est au tour du premier responsable du ministère de l’Industrie d’être interpellé sur la gravité de la situation ainsi que les dépassements du comité technique.
Dès les premières lignes, le groupement des concessionnaires dénonce le retard de traitement des dossiers par le comité technique chargé de statuer sur le cas de chacun. Ils précisent aussi dans leur écrit que ces retards ne sont pas sans conséquence sur leurs entreprises déjà en faillite. La trésorerie qui se vide, les emplois qui sont supprimés à tour de rôle ainsi que les sommes faramineuses qui sont déboursés chaque mois s’élevant, selon le communiqué des opérateurs, à 5 millions de dinars sans avoir aucune entrée d’argent ! Comme le courrier adressé au président de la République la semaine passée, les 58 opérateurs interpellent le ministre de l’Industrie sur les cahiers des charges.
Ils précisent que les trois cahiers des charges, à savoir le 15-58, le 20-227 et le 21-175 ne sont pas en la faveur de la relance du secteur, même si l’ensemble des prétendants au titre d’importateur remplissent pleinement l’ensemble des conditions et répondent favorablement à l’ensemble des lois mises en place dans les cahiers en vigueur. Certains, pour ne pas recevoir de refus, ont déboursé des sommes importantes pour s’aligner sur les nouveaux cahiers des charges. Mais même après avoir fait ce qui doit être fait, aucun agrément n’a été accordé et les dossiers sont suspendus entre les mains d’un comité qui tarde à statuer et qui ne donne aucune information.
Le ministre de l’Industrie a également été interpellé dans la lettre qui lui a été adressée sur les
dépassements du comité technique qui outrepasse ses prérogatives en exigeant des documents nullement mentionnés et non prévus dans le cahier des charges. Le ministre de l’Industrie vient d’être sollicité à son tour, et le dossier de l’importation de véhicules neufs semble devenir un marasme que personne ne veut gérer ou en entendre parler.
Que va faire le ministre ? Les semaines à venir seront décisives. Alors, l’importation va-t-elle avoir lieu ou non ? Question que des millions de conducteurs se posent. Selon toute vraisemblance, aucun véhicule ne sera importé de sitôt. L’appauvrissement de la trésorerie nationale est le facteur principal bloquant l’importation de véhicules neufs. Les prix des véhicules d’occasion n’arrêteront pas de grimper dans les semaines à venir. Il sera encore plus difficile d’acquérir un véhicule à 1 million DA supérieur à son prix initial avec la dégradation du pouvoir d’achat.
Rachid Larbi

in : EL WATAN Auto

Afficher plus

Nadir Kerri

Journaliste spécialisé en Automobile/Directeur de Publication Autojazair

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page