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Mohamed Yaddadène, consultant et expert du marché automobile : «Jouer la carte de la transparence pour éviter les confusions»

Pourquoi, selon vous, le dossier de la concession automobile a pris cette ampleur médiatico-politique, alors qu’il ne semble pas représenter l’urgence dans l’agenda du ministre de l’Industrie ?
Le dossier a pris de l’ampleur par rapport à tout ce qui s’est passé durant les années antérieures, avec la redistribution des cartes, les scandales et la déstructuration du marché. Et surtout les intérêts. Ce n’est pas si évident que cela puisse paraître, mais les clients algériens sont restés branchés pour connaître l’issue de ce dossier, d’autant que les besoins sont importants sur le marché, y compris pour les flottes et entreprises qui ont besoin de s’équiper ou de renouveler leurs parcs auto en VP ou en VU.

Finalement, et après maintes controverses, le ministère de l’Industrie a déclaré avoir délivré 4 autorisations pour poursuivre l’activité de la concession. Que vous inspire ce chiffre ?
C’est toujours utile, mais, dommage pour les demandeurs qui aspirent à investir ce créneau, d’autant qu’il s’agira de revenir aux professionnels du métier pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Selon les volumes de quotas annoncés, il n’est pas évident d’avoir beaucoup d’opérateurs autorisés. Maintenant, il s’agit de voir les critères de classement appliqués pour valider les quatre dossiers autorisés. S’agissant du volet importation et distribution de produits finis, ce serait plus évident que la commission et les décisions finales reviennent au ministère du Commerce.

En réaction aux écrits de la presse et aux reportages télévisés sur le suspense qui a entouré la publication de la liste des concessionnaires, le ministre accuse «certaines parties» d’avoir cherché à influer sur sa démarche pour la défense de leurs intérêts. Qu’en pensez-vous ?
Personnellement, je ne vois pas cela de cette manière. D’abord, la commission est souveraine à travers les critères définis dans le cahier des charges, ensuite, je ne vois pas en quoi cela aurait influé sur la décision finale. Comme ce secteur a été médiatisé, il aurait été opportun de jouer la carte de la transparence étant donné que les règles juridiques sont claires.

Le département de Ferhat Aït Ali affirme que les notifications de décisions sont destinées «uniquement aux intéressés» et ne sont pas portées à la connaissance du public. Il s’appuie sur la loi prohibant la publication d’informations d’ordre professionnel privé. Quel est votre commentaire ?
Je reviens au fait de veiller sur la transparence pour éviter les confusions et ne pas répéter les erreurs du passé, où tout s’est fait en vase clos. Et on connaît les résultats avec les scandales et toutes les conséquences que cela a engendrées sur le marché de l’automobile et du rôle des uns et des autres.

Etant un des rares connaisseurs du marché à suivre de près son évolution, quel constat faites-vous des bouleversements qu’il a connus depuis le début des années 2000 et quelles sont les erreurs commises pour devenir sujet à polémique ?
Le marché a été déstructuré, la réflexion a été à sens unique, les professionnels en ont subi toutes les conséquences. L’objectif était de réduire la facture des importations et passer à la phase industrielle ou montage en un laps de temps, ce qui n’a pas abouti. La fermeture des concessionnaires et des agents distributeurs a gonflé le nombre de chômeurs, des milliers de postes de travail ont été supprimés malheureusement. A l’époque, la redistribution des cartes n’était pas objective…

Quelle prévision possible à faire en ce qui concerne le marché de la concession pour 2021 ?
Tout reste à faire à condition d’éviter les erreurs du passé. Il faut revoir la stratégie en étant rationnel et objectif afin de relancer le marché et surtout de s’inscrire dans une démarche industrielle bien planifiée. On ne construit pas un véhicule du jour au lendemain avec un niveau d’intégration local élevé. Dans tous les cas, la reprise sera compliquée avec des prix qui seront en hausse et une demande qui va être difficile à satisfaire avec des risques de spéculations.
Ces projets doivent passer par une stratégie industrielle capable de relancer et de développer des PME et des PMI pouvant intégrer l’industrie et favoriser l’implantation des fournisseurs du secteur automobile mondialement connus en motivant les groupes de constructeurs.

Source: Reporter.dz

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Nadir Kerri

Journaliste spécialisé en Automobile/Directeur de Publication Autojazair

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